La rosacée, une vraie maladie de peau

Elle s’affiche sur le visage. Elle cumule les idées reçues. Elle plombe littéralement la qualité de vie des patients. Elle, c’est la rosacée, une maladie dermatologique, peu connue. Les explications du Dr Jacques Savary, dermatologue à Paris.

 

Vous avez la sensation que la peau de votre visage vous tiraille, vous brûle ? Vous avez constaté l’apparition de rougeurs au niveau du nez et des pommettes ? Peut-être souffrez-vous de rosacée. Mais de quoi s’agit-il ? « La rosacée est une maladie chronique de la peau, une dermatose faciale, autrement dit qui touche le visage », explique le Dr Jacques Savary. « Il existe trois formes de cette affection. La forme vasculaire, avec l’apparition de rougeurs transitoires qui peuvent devenir permanentes au niveau des pommettes, du nez et des joues. On parle aussi de rosacée papulopustuleuse. Elle se caractérise par la présence de boutons rouges accompagnés de pustules à têtes blanches. Enfin la forme hypertrophique, plus rare, se traduit par des épaississements de la peau. »  

 

Une affection féminine…

Selon notre spécialiste, cette affection de la peau « touche 2 à 3 % de la population. Dans les deux tiers des cas, il s’agit de femmes. À noter que la rosacée apparaît généralement après 25-30 ans. » Certains facteurs favorisent ce que les spécialistes appellent une poussée : la consommation d’une boisson chaude, les plats épicés, les changements brutaux de température, ou encore l’alcool et le stress.

 

… et affichante

« La rosacée, au-delà des douleurs comme la sensation de brûlures, de tiraillement, de sensibilité extrême de la peau, a une très forte répercussion sur la qualité de vie des patients », précise le Dr Jacques Savary. « Lors d’une poussée, tout est affecté », témoigne une patiente[1]. « Vous êtes de mauvaise humeur, vous n’avez pas envie de sortir ni de faire quoi que ce soit. Vous vous sentez laid. Vous faites profil bas. »

 

Le dermatologue évoque pour sa part « des perturbations sur la vie personnelle, affective et professionnelle ». Sans oublier le caractère stigmatisant. « Le drame de cette maladie, c’est qu’il y a un amalgame avec l’alcoolisme. Une connotation extrêmement difficile à supporter. » À tel point que 37 % des patients affirment que leurs amis et proches ne comprennent pas leur pathologie. Ainsi, un sur trois a perdu confiance. Ce n’est pas tout, 17 % évitent de sortir ou encore 15 % refusent de se rendre à la piscine[2]. Et enfin 55 % déclarent que leur maladie entrave leur productivité au travail. Avec comme conséquence la demande de jours de congés.

 

Parlez-en à votre dermatologue

Pour le Dr Savary, il est essentiel que les patients consultent un dermatologue. « Il y a encore un réel fatalisme. C’est d’autant plus dommage que nous disposons aujourd’hui de traitements très efficaces. Notamment des antimicrobiens et des antiparasitaires. » Même son de cloche pour le Dr Philippe Beaulieu, dermatologue à Pontoise (95) : « ll est impératif que les patients reçoivent le bon diagnostic auprès d’un dermatologue afin de bénéficier des solutions thérapeutiques. » Mais pas seulement, l’empathie du médecin est cruciale pour mieux comprendre l’impact physique et psychologique de la rosacée.

 

Quel parcours de soins ?

Une fois la maladie diagnostiquée, différentes approches thérapeutiques pourront être proposées. Avec comme objectif de viser la guérison. Pour cela, les spécialistes utilisent un score baptisé IGA. Si ce dernier s’établit à 0, le patient est considéré comme guéri, et à 1, comme « presque guéri ». Ce dernier score n’est pas suffisant, car le ressenti du patient vis-à-vis de sa maladie reste négatif, même avec un seul bouton ou une seule rougeur. C’est pourquoi chaque patient doit être pris en charge de manière individuelle ce qui permettra de lui proposer le traitement le plus adapté.

 

Quels traitements ?

Afin de parvenir au score d’IGA 0, les médecins disposent de plusieurs armes. « La prise en charge repose à la fois sur une approche locale et générale », indique le Dr Beaulieu. « Il existe des molécules à visée anti-inflammatoire et des traitements locaux, à base d’antiparasitaires. Ces traitements durent deux à trois mois, et nécessitent donc une bonne observance pour être efficaces. » Autrement dit, ils doivent être pris pour toute la durée et à la bonne dose.

 

Des conseils pratiques pour limiter les poussées

Au-delà du traitement, plusieurs conseils et astuces permettent de préserver sa peau, mais aussi de limiter l’impact d’une poussée. Des règles hygiéno-diététiques sont recommandées. À l’image des cosmétiques, par exemple. « Nous conseillons d’opter pour des produits doux et d’éviter ceux à base d’alcool, de vitamines C et A. Par ailleurs, différents facteurs liés à l’environnement, comme le froid, les changements de température, le rayonnement solaire peuvent être à l’origine d’une poussée. Pour que le traitement soit le plus efficace possible, il convient de prendre en compte ces facteurs. » Enfin, pour l’alimentation, aucun régime strict n’est à suivre. Il vous suffira juste d’être prudent au moment des poussées, avec les aliments épicés, les boissons chaudes et l’alcool. Dans tous les cas, n’hésitez pas à en parler à votre dermatologue, des solutions existent pour améliorer votre qualité de vie.

 

Emmanuel Ducreuzet

 

Sources : Interview du Dr Philippe Beaulieu, Interview du Dr Jacques Savary

 

[1] Kantar Health

[2] Étude BURDEN développée par Kantar Health menée auprès de 710 patients souffrant de rosacée, et 554 dermatologues et médecins généralistes de 6 pays (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Canada et États-Unis).